Attention au danger du « paradoxe d’Icare »

10 Décembre 2014

Les entreprises les plus performantes, celles que l’on prenait justement pour modèles, faiblissent et trébuchent.  Comment se peut-il que celles qui avaient découvert les voies du succès se trouvent soudain en mauvaise posture ?  Et si les faiblesses d’aujourd’hui étaient la conséquence des succès d’hier ?!

 

Les raisons qui peuvent amener une entreprise à perdre l’équilibre sont multiples.  Certaines sont externes et pas toujours évitables (retournement du marché, défaillance des clients, etc...), tandis que d’autres plongent leurs racines au sein de l’entreprise : erreurs stratégiques, incapacité à s’adapter, mauvaise maîtrise de la croissance, etc...

 

Ces erreurs sont encore plus troublantes, et regrettables, lorsqu’elles résultent directement du succès antérieur.  Les anecdotes qui défraient périodiquement la chronique montrent que le risque est grand de voir le succès conduire à la déconfiture.  Et vous trouverez sans mal dans votre expérience personnelle des exemples pour prouver que ceci ne vaut pas seulement pour les très grands groupes dont on parle, mais que toutes les entreprises peuvent en être en proie.

 

Ce risque se trouve également, par exemple, dans la politique et dans le sport car il tient à la nature humaine.  Le succès mène à l’excès : excès de confiance, suffisance, arrogance, mégalomanie, etc.  Et les qualités qui ont permis le progrès peuvent devenir des défauts.  Danny Miller, un professeur canadien de management, appelle ce phénomène le « paradoxe d’Icare » (par préférence à ce héros de la mythologie grecque qui, étant parvenu à voler, se rapprocha tellement du soleil que la cire utilisée pour coller les plumes de ses ailes fondit et qu’il tomba dans la mer).

 

Miller est arrivé à la conclusion qu’il existe quatre catégories d’entreprises-Icare :

 

Les ARTISTES, dont le souci d’innovation tourne à l’obsession et qui deviennent des « bricoleurs » tellement épris de leurs produits qu’ils en oublient leurs clients.

Les CONSTRUCTEURS, dont l’ambition et l’énergie se muent en frénésie gloutonne et qui deviennent des aventuriers avides de conquêtes, perdant la raison devant l’appât de l’argent et de la puissance.

- Les PIONNIERS, dont le talent inventif se transforme bientôt en manie scientifique et/ou technologique et fait d’eux des utopistes aveuglés par leurs exploits.

- Les VENDEURS, dont les compétences pour découvrir les besoins du marché et y répondre se retournent contre eux lorsqu’ils deviennent des simples « camelots » prêts à tout pour vendre n’importe quoi.

 

Recommandation : Attention ! Suffisance, négligence, manie, exagération, dogmatisme, mégalomanie, obsession, rigorisme, rigidité, irréalisme : tout cela et bien d’autres maux vous menacent d’autant plus que vous avez réussi.  Etudiez chacune des descriptions ci-dessus pour découvrir si l’une ou l’autre n’est pas en train de vous miner.

Identifiez les qualités qui vous ont aidé à réussir et vérifier qu’elles ne sont pas en passe de devenir des handicaps.  Imposez-vous toujours de remettre en cause le passé et sachez aussi « désapprendre ».

 

Source : La Lettre du Dirigeant n° 735, page 3 du 29/08/14 ©mention obligatoire pour toute représentation ou reproduction, intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur, est illicite (loi du 11 mars 1957, alinéa 1er de l’article 40), à l’exception des reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective.  Demande à adresser à l’éditeur ou au Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC, 3 rue de Hautefeuille, 75006 Paris)

 

 

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